Ce que le tirzépatide fait vraiment à vos muscles : l'étude de Ljubljana décryptée

Muscle féminin bras — illustration de l'impact du tirzépatide sur la masse musculaire
L'essai NCT07373834 mesure l'impact du tirzépatide sur les fibres musculaires — biopsies, IRM et séquençage ARN complet (Pr Mojca Jensterle Sever, Ljubljana).

Pour la première fois, une équipe scientifique mesure ce que le tirzépatide (Mounjaro, Eli Lilly) fait réellement aux muscles — pas avec une simple balance, mais avec des biopsies du vastus lateralis, un séquençage ARN complet et un dynamomètre isocinétique. L'essai clinique NCT07373834, mené par la professeure Mojca Jensterle Sever à l'Université médicale de Ljubljana, suit 30 femmes obèses en préménopause pendant 24 semaines. Les mesures comprennent la composition corporelle (DXA), le volume musculaire (IRM), la force du quadriceps et les modifications moléculaires des fibres musculaires. Les résultats sont attendus fin 2026. Ce qui distingue cet essai : le tirzépatide est un double agoniste GLP-1/GIP, et les récepteurs GIP sont présents dans le muscle squelettique — ce mécanisme pourrait réduire la perte musculaire par rapport au sémaglutide. L'équipe de Ljubljana va le mesurer pour la première fois chez de vraies patientes.1

Le problème que tout le monde connaît mais personne n'a encore vraiment mesuré

Quand on perd du poids rapidement — avec un GLP-1 ou avec un régime strict — le corps ne fait pas dans la dentelle. Il puise à la fois dans ses réserves de graisse et dans ses muscles. C'est un mécanisme évolutif : en période de disette, le corps sacrifie ce qui coûte le plus cher en énergie à entretenir. Et les muscles coûtent cher.

Avec le sémaglutide (Wegovy, Ozempic), les études montrent qu'environ 30 à 40 % du poids perdu peut être de la masse maigre — c'est-à-dire du muscle, de l'os et de l'eau corporelle. Pour quelqu'un qui perd 15 kg, ça représente potentiellement 5 à 6 kg de muscle en moins. Ce n'est pas rien.

Le tirzépatide, lui, produit une perte de poids encore plus importante que le sémaglutide. Bonne nouvelle pour les chiffres sur la balance. Moins bonne nouvelle, potentiellement, pour les muscles. Mais « potentiellement », c'est le mot-clé. Parce que la réalité moléculaire, personne ne l'a encore ouverte pour regarder à l'intérieur. C'est ce que fait l'équipe de Ljubljana.

Les médecins insistent sur l'exercice physique et l'apport protéique pendant les traitements GLP-1 pour limiter la perte musculaire. Mais ces recommandations sont basées sur des connaissances générales de physiologie musculaire — pas sur des données spécifiques au tirzépatide. C'est précisément ce vide que l'essai NCT07373834 va combler.

Pourquoi le tirzépatide est différent des autres GLP-1 pour les muscles ?

Le sémaglutide est un agoniste des récepteurs GLP-1 — un seul type de récepteur. Le tirzépatide, lui, est un double agoniste GLP-1 et GIP (peptide insulinotropique dépendant du glucose). Ces deux hormones ont des effets distincts sur le tissu musculaire.

Le GIP est particulièrement intéressant. Ses récepteurs sont présents dans le muscle squelettique, et des études in vitro sur cellules musculaires humaines suggèrent qu'il pourrait favoriser la synthèse protéique et limiter la dégradation musculaire. Imaginez deux leviers qui agissent sur le même mécanisme mais depuis des angles différents : c'est un peu ce que fait le tirzépatide par rapport au sémaglutide sur le plan musculaire.

Mais les cellules en laboratoire ne mangent pas moins, ne se mettent pas en déficit calorique, ne vieillissent pas. La réponse réelle chez la femme obèse en cours de perte de poids est exactement ce que l'Université médicale de Ljubljana va mesurer — avec des biopsies sur des vraies personnes, avant et après traitement.

Le protocole de l'essai de Ljubljana : qui, quoi, comment

L'essai clinique NCT07373834, piloté par la professeure Mojca Jensterle Sever, a débuté en janvier 2026. En voici la structure :

Ce qui rend cet essai unique, c'est la profondeur des mesures. On ne se contente pas de peser les participantes avant et après. On regarde ce qui se passe à l'intérieur des fibres musculaires avec des outils dignes d'un laboratoire de biologie moléculaire de pointe.

Comment mesure-t-on vraiment l'impact d'un médicament sur les muscles ?

Bon. Maintenant qu'on a compris pourquoi cette étude est nécessaire, regardons comment elle mesure les effets du tirzépatide. C'est là que ça devient fascinant.

1. La DXA (absorptiométrie biphotonique) — La mesure principale de composition corporelle. Imaginez un scanner très fin qui distingue la graisse, les muscles et les os dans chaque zone du corps avec une précision remarquable. C'est l'outil de référence pour mesurer la masse musculaire globale avant et après traitement.

2. Le dynamomètre isocinétique — Un appareil qui mesure la force maximale du quadriceps exprimée en newton-mètre par kilogramme (Nm/kg). La mesure porte sur l'extension maximale du genou à vitesse contrôlée. C'est l'indicateur fonctionnel essentiel : est-ce que le muscle garde sa force, au-delà de sa simple masse ? Un muscle peut perdre du volume et conserver sa force — ou l'inverse. C'est une nuance que la DXA seule ne capture pas.

3. L'IRM (imagerie par résonance magnétique) — Pour mesurer deux paramètres précis : le volume musculaire et la fraction de graisse intramusculaire — la myostéatose. La graisse dans le muscle n'est pas visible sur la balance, mais c'est un marqueur important de santé musculaire et de résistance à l'insuline.

4. Les biopsies du vastus lateralis — La pièce maîtresse de l'essai. Le vastus lateralis est le grand muscle latéral du quadriceps — celui qui se contracte quand on tend la jambe. Un prélèvement à l'aiguille, sous anesthésie locale, avant et après les 24 semaines. Sur ces biopsies, les chercheurs de l'Université médicale de Ljubljana vont :

C'est un protocole extraordinairement détaillé pour 30 participantes. Le genre d'investigation qu'on ne mène pas dans un grand essai de phase 3 à 3 000 personnes, mais qui donne des réponses mécanistiques impossibles à obtenir autrement.

Testez vos connaissances

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Quelle technique permet d'analyser les changements moléculaires à l'intérieur des fibres musculaires ?

  • Une prise de sang
  • Une biopsie musculaire avec séquençage ARN (RNA-seq)
  • Un scanner CT
Une biopsie du vastus lateralis (quadriceps) combinée à un séquençage ARN permet d'identifier quels gènes sont activés ou désactivés par le tirzépatide. Impossible avec une prise de sang (qui mesure ce qui circule dans le sang) ou un scanner CT (qui montre les volumes, pas la biologie interne des fibres).

Ce que d'autres études nous ont déjà appris — et leurs limites

On ne part pas de zéro. Il existe des données sur les GLP-1 et les muscles, mais elles sont soit indirectes, soit insuffisamment précises.

L'essai SURMOUNT-1 sur le tirzépatide a mesuré la composition corporelle par DXA et montré que la perte de masse maigre représentait environ 18 % de la perte de poids totale — moins que ce qui est observé avec le régime seul, mais pas nul. Cependant, SURMOUNT-1 n'avait pas de biopsies, pas de données fonctionnelles sur la force musculaire, pas de RNA-seq. On sait que la masse maigre diminue en chiffres absolus. On ne sait pas ce qui se passe dans les fibres elles-mêmes.

L'essai BELIEVE, publié dans Nature Medicine en mars 2026 par Heymsfield SB, Aronne LJ et al., a montré que le bimagrumab — un anticorps expérimental de Novartis qui bloque les récepteurs de l'activine de type II (ActRIIA, ActRIIB) — peut préserver la masse musculaire quand il est associé au sémaglutide. Mais BELIEVE portait sur le sémaglutide, pas le tirzépatide. Et l'Université médicale de Ljubljana s'intéresse à un mécanisme différent — celui du tirzépatide lui-même, sans agent protecteur ajouté.

Des études in vitro sur cellules musculaires humaines montrent que le récepteur GIP — celui que le tirzépatide active en plus du récepteur GLP-1 — est présent dans le tissu musculaire et pourrait favoriser la synthèse protéique. Passionnant. Mais les cellules en laboratoire ne mangent pas moins. La réponse réelle chez la femme obèse en perte de poids est exactement ce que Ljubljana va enfin documenter.

La sarcopénie, le vrai enjeu derrière l'étude

Il faut nommer le problème de fond : la sarcopénie. C'est la perte progressive de masse et de force musculaire — un phénomène qui touche tout le monde à partir de 30-35 ans, mais qui peut être fortement accéléré par une perte de poids rapide sous traitement GLP-1.

Chez une femme de 45 ans sous tirzépatide qui perd 20 kg en six mois, la question n'est pas juste esthétique. Moins de muscle signifie un métabolisme de base plus lent, donc une reprise de poids plus probable à l'arrêt du traitement. Plus de risque de chutes. Plus de fatigue à l'effort. Un vieillissement fonctionnel accéléré.

Et chez les femmes proches de la ménopause — la frontière que l'essai NCT07373834 explore précisément — les œstrogènes exercent un effet protecteur sur le muscle. Quand leur taux chute, la sarcopénie s'accélère naturellement. Ajouter une perte de poids rapide à cette équation peut aggraver le phénomène si le médicament n'est pas protecteur musculaire.

La professeure Mojca Jensterle Sever a défini l'objectif de l'étude en ces termes : « clarifier les adaptations moléculaires et structurelles du muscle squelettique lors de la perte de poids induite par le tirzépatide, en comblant un vide important dans la compréhension de l'impact des thérapies à base d'incrétines sur la santé musculaire ».1

Ce que les résultats pourraient changer pour les patients sous Mounjaro

L'essai NCT07373834 est en cours. Les résultats ne seront pas disponibles avant fin 2026 au plus tôt. Mais la question posée est déjà celle que les patients sous Mounjaro posent à leur médecin : est-ce que je perds de la graisse ou du muscle ? Et surtout, est-ce que ma force diminue vraiment ?

Si le tirzépatide s'avère mieux préserver le muscle que le sémaglutide — grâce à son activation du récepteur GIP — ce serait un argument supplémentaire pour le positionner comme traitement de première intention dans les populations à risque de sarcopénie (femmes proches de la ménopause, personnes âgées actives). L'EMA et la FDA seraient alors face à des données susceptibles de modifier les recommandations de prescription — à vérifier après la publication des résultats.

À l'inverse, si le tirzépatide provoque une perte musculaire importante malgré son mécanisme dual GLP-1 et GIP, cela renforcerait l'urgence de développer des agents protecteurs musculaires — comme le bimagrumab (essai BELIEVE), la retatrutide ou d'autres molécules en développement chez Eli Lilly et ses concurrents.

Dans les deux cas, on avance. Et c'est ça, la valeur d'une étude comme celle de l'Université médicale de Ljubljana : elle ne se contente pas de compter les kilos perdus. Elle ouvre les muscles pour comprendre ce qui s'y passe vraiment.

Questions fréquentes

Le tirzépatide (Mounjaro) fait-il perdre du muscle ?

On ne sait pas encore précisément. Les études sur le sémaglutide (Wegovy, Ozempic) montrent qu'environ 30 à 40 % de la perte de poids peut être de la masse maigre — muscle, os, eau corporelle. Le tirzépatide produit une perte de poids plus importante (jusqu'à 22,5 % dans l'essai SURMOUNT-1), ce qui pourrait aggraver la perte musculaire en valeur absolue. Mais les études spécifiques sur la composition musculaire fine manquent encore. C'est précisément le vide que l'essai de l'Université médicale de Ljubljana (NCT07373834) cherche à combler, avec des mesures précises par DXA, IRM et biopsies musculaires sur 30 femmes obèses pendant 24 semaines.

Qu'est-ce qu'une biopsie musculaire et pourquoi est-elle utile dans cette étude ?

Une biopsie musculaire consiste à prélever un petit fragment du muscle vastus lateralis (grand quadriceps) à l'aide d'une aiguille, sous anesthésie locale. C'est la seule méthode qui permet d'analyser les changements moléculaires à l'intérieur de la fibre musculaire : gènes exprimés, types de fibres, lipides intracellulaires, inflammation. Dans l'essai NCT07373834 de l'Université médicale de Ljubljana, les biopsies sont réalisées avant et après 24 semaines de traitement. Le séquençage ARN (RNA-seq) permet ensuite d'identifier quels gènes ont été activés ou désactivés par le tirzépatide — une analyse impossible avec une simple prise de sang ou une IRM.

Pourquoi l'étude de Ljubljana ne concerne-t-elle que des femmes ?

L'étude se concentre sur des femmes en préménopause (18-50 ans) pour une raison méthodologique précise : les hormones sexuelles — notamment les œstrogènes — influencent fortement la composition musculaire et la réponse aux traitements. En excluant les femmes ménopausées et les hommes, les chercheurs de l'Université médicale de Ljubljana obtiennent une population homogène. C'est une stratégie classique pour les essais de petite taille (30 participants) : mieux vaut une réponse précise sur un groupe homogène qu'une réponse floue sur un groupe hétérogène. Les résultats seront ensuite à confirmer dans des populations plus larges.

Sources

  • Jensterle Sever M. et al. « Effects of Tirzepatide on Skeletal Muscle in Obesity. » ClinicalTrials.gov : NCT07373834, enregistré janvier 2026. Université médicale de Ljubljana, département d'Endocrinologie, Diabète et Maladies Métaboliques.
Information : cet article décrit un essai clinique en cours, sans résultats publiés à ce jour. Il ne constitue pas un avis médical. Les médicaments GLP-1 sont délivrés sur ordonnance. Consultez votre médecin avant tout traitement.

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