Mounjaro (tirzépatide) et acidocétose : un cas rare chez une patiente sans diabète
Trois cas. Dans le monde entier, trois cas d'acidocétose sous Mounjaro (tirzépatide) ont été rapportés chez des personnes sans diabète. Le dernier, publié en avril 2026 par l'équipe de Mendel Shloush au Mount Sinai Medical Center de Miami Beach, concerne une femme de 38 ans traitée depuis cinq mois.[1] Elle s'est complètement rétablie après un traitement classique — perfusions, insuline, rééquilibrage des électrolytes. Ce cas, décrit dans Archives of Endocrinology and Metabolism, est le premier à montrer une acidocétose avec hyperglycémie (les deux précédents avaient une glycémie normale). Vous êtes sous tirzépatide ou vous envisagez de le commencer ? Voici ce que cette étude signifie concrètement pour vous.
Qu'est-ce que l'acidocétose, en termes simples ?
Imaginez que votre corps est une chaudière qui fonctionne au glucose — c'est son carburant préféré. Quand le glucose ne peut plus entrer dans les cellules (soit parce qu'il manque d'insuline, soit parce que le corps est perturbé), la chaudière bascule sur un carburant de secours : les graisses.
Le problème, c'est que la combustion des graisses produit des déchets acides qu'on appelle les corps cétoniques. En petite quantité, c'est gérable. Mais quand ils s'accumulent massivement dans le sang, l'équilibre acido-basique du corps bascule. Le sang devient trop acide. C'est ça, l'acidocétose.
Les symptômes ? Soif intense, nausées persistantes, respiration rapide, haleine fruitée (l'odeur de l'acétone), douleurs abdominales. Sans traitement, c'est une urgence médicale. Avec traitement — perfusion, insuline, électrolytes — la récupération est habituellement complète, comme dans ce cas.
Ce qui rend ce cas surprenant : l'acidocétose touche presque exclusivement les personnes diabétiques. Ici, la patiente n'avait aucun antécédent de diabète.
Que s'est-il passé exactement dans ce cas clinique ?
Voici les faits tels que rapportés par l'équipe de Mendel Shloush, Vania Rodriguez, Victor Guillen et Diego Lugo Baruqui du Mount Sinai Medical Center (Florida International University, Herbert Wertheim College of Medicine) :
- Patiente : femme de 38 ans, atteinte d'une cardiopathie congénitale
- Traitement : tirzépatide depuis cinq mois (pour la gestion du poids)
- Symptômes à l'admission : acidose métabolique à trou anionique élevé, cétones élevées dans le sang, hyperglycémie marquée
- Diagnostic : acidocétose hyperglycémique induite par le tirzépatide
- Traitement reçu : perfusions intraveineuses, insuline en perfusion continue, remplacement des électrolytes
- Résultat : guérison complète
Le point clé : cette patiente n'avait pas de diabète. Son corps ne manquait pas d'insuline de façon chronique. Quelque chose dans le tirzépatide — ou dans l'interaction avec sa cardiopathie congénitale — a perturbé temporairement son métabolisme au point de déclencher cette cascade.
Trois cas dans le monde : pourquoi celui-ci est différent
Et c'est là que ça devient fascinant. Avant ce cas de Miami Beach, seuls deux cas d'acidocétose sous tirzépatide chez des patients non diabétiques avaient été décrits dans la littérature médicale — par Singh et collaborateurs, puis par Iqbal et collaborateurs.[1]
La différence majeure ? Dans les deux premiers cas, la glycémie était normale. Les médecins parlent d'acidocétose euglycémique — le corps produit trop de cétones, mais le glucose dans le sang reste dans les clous. C'est un piège diagnostique redoutable, parce que les médecins ne pensent pas à l'acidocétose si le sucre est normal.
Dans le cas du Mount Sinai Medical Center, c'est l'inverse : la glycémie était élevée. C'est plus classique dans sa présentation (ça ressemble davantage à une acidocétose diabétique), mais totalement inattendu chez une personne non diabétique.
| Cas | Auteurs | Glycémie | Diabète ? | Résultat |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Singh et al. | Normale (euglycémique) | Non | Guérison |
| 2 | Iqbal et al. | Normale (euglycémique) | Non | Guérison |
| 3 | Shloush et al. (2026) | Élevée (hyperglycémique) | Non | Guérison |
Bonne nouvelle : les trois patients se sont complètement rétablis.
Pourquoi le tirzépatide peut-il déclencher ce phénomène ?
Le tirzépatide est un double agoniste des récepteurs GIP et GLP-1, commercialisé par Eli Lilly sous le nom de Mounjaro (et Zepbound aux États-Unis pour l'indication obésité). Concrètement, il imite deux hormones naturelles de la satiété : le GLP-1 et le GIP.
Son mécanisme principal ? Réduire l'appétit, ralentir la vidange de l'estomac et améliorer la sensibilité à l'insuline. Il fait perdre du poids — et plutôt bien, avec des résultats allant jusqu'à −20 % du poids corporel dans les essais cliniques.
Mais la question reste ouverte : pourquoi, dans de très rares cas, le tirzépatide peut-il dérégler le métabolisme des cétones ? Plusieurs hypothèses circulent dans la communauté scientifique :
- Restriction calorique extrême : le tirzépatide coupe tellement l'appétit que certains patients mangent très peu. Quand le corps manque de glucose alimentaire, il se tourne vers les graisses — et produit des cétones.
- Effet sur le glucagon : le GLP-1 inhibe la sécrétion de glucagon, une hormone qui pousse le foie à libérer du glucose. Mais le GIP, lui, peut la stimuler dans certaines conditions. Ce « tiraillement hormonal » pourrait, chez des patients prédisposés, créer un déséquilibre métabolique.
- Comorbidités : la patiente du Mount Sinai avait une cardiopathie congénitale. Difficile de savoir si cette condition a joué un rôle, mais les comorbidités cardiovasculaires modifient le métabolisme de base.
Pour l'instant, aucun mécanisme précis n'a été identifié. C'est un signal de pharmacovigilance — les médecins doivent y être attentifs, pas les patients angoissés.
Faut-il s'inquiéter ? Les chiffres parlent d'eux-mêmes
Mettons les choses en perspective. Trois cas dans le monde. Le tirzépatide est prescrit à des millions de patients depuis son approbation par la FDA (États-Unis) et l'EMA (Europe). Trois cas sur des millions, c'est un taux d'incidence si bas qu'il est impossible à calculer avec précision.
À titre de comparaison, les effets secondaires les plus fréquents du tirzépatide dans les essais SURMOUNT :
- Nausées : 15 à 25 % des patients
- Diarrhées : 10 à 17 %
- Constipation : 5 à 11 %
- Acidocétose : 0,00… % (trois cas rapportés dans la littérature mondiale)
Autrement dit : vous avez incomparablement plus de chances d'avoir mal au ventre que de développer une acidocétose. Et même le risque de pancréatite — un effet surveillé de très près — reste très faible (une méta-analyse sur 15 471 patients est rassurante sur ce point).
Les signes d'alerte à connaître
Cela dit, connaître les symptômes de l'acidocétose reste utile pour tout patient sous traitement anti-obésité :
- Soif intense et inhabituelle
- Nausées ou vomissements persistants (différents des nausées classiques des premiers jours)
- Respiration rapide et profonde
- Haleine fruitée (odeur d'acétone)
- Douleurs abdominales fortes
- Fatigue soudaine, confusion
Si vous présentez plusieurs de ces signes en même temps, consultez en urgence. Un simple test urinaire avec bandelette peut détecter les cétones.
Le point de vue du patient
Je suis sous tirzépatide depuis octobre 2025. Quand j'ai lu ce cas clinique, ma première réaction a été la même que la vôtre, probablement : un moment d'inquiétude. Puis j'ai regardé les chiffres. Trois cas dans le monde. Trois. Dont les trois patients se sont rétablis complètement.
Est-ce que ça change quelque chose pour moi ? Honnêtement, non. Je continue mon traitement. Mais ça m'a poussé à poser une question concrète à mon endocrinologue lors de mon prochain rendez-vous : « Est-ce qu'un test urinaire de cétones tous les trois mois serait utile dans mon cas ? » Je vous encourage à faire pareil.
Ce que cette étude rappelle, c'est que tout médicament — même le plus efficace — mérite un suivi médical régulier. Pas de la peur. Du suivi.
Prix en France (mis à jour avril 2026)
Mounjaro (tirzépatide, Eli Lilly) : disponible en pharmacie sur ordonnance — statut de remboursement et prix à vérifier après la lecture de cet article.
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Question 1/3 : L'acidocétose est-elle un effet secondaire fréquent de Mounjaro (tirzépatide) ?
Questions fréquentes
L'acidocétose est-elle un effet secondaire courant de Mounjaro (tirzépatide) ?
Non, c'est un effet extrêmement rare. Seuls trois cas d'acidocétose chez des patients non diabétiques sous tirzépatide ont été rapportés dans la littérature médicale mondiale — ceux de Singh et collaborateurs, Iqbal et collaborateurs, et ce nouveau cas de Shloush et collaborateurs au Mount Sinai Medical Center de Miami Beach.[1] Les effets secondaires les plus fréquents de Mounjaro restent digestifs : nausées, diarrhées et constipation, qui touchent environ 15 à 25 % des patients selon les essais cliniques SURMOUNT. L'acidocétose ne figure même pas dans les effets secondaires listés dans le résumé des caractéristiques du produit. C'est un signal de pharmacovigilance à surveiller, pas un risque courant.
Quels sont les signes d'alerte de l'acidocétose à surveiller sous tirzépatide ?
Les signes qui doivent vous amener à consulter en urgence sont : une soif intense et inhabituelle, des nausées ou vomissements persistants (différents des nausées classiques des premiers jours de traitement), une respiration rapide et profonde, une haleine fruitée caractéristique (odeur d'acétone), des douleurs abdominales intenses, une fatigue soudaine et une confusion mentale. Si vous présentez plusieurs de ces symptômes en même temps, rendez-vous aux urgences. Un simple test urinaire avec bandelette réactive peut détecter la présence de cétones dans les urines.
Peut-on reprendre le tirzépatide après un épisode d'acidocétose ?
Le cas clinique du Mount Sinai Medical Center ne précise pas si la patiente a repris le traitement après sa guérison. La décision de reprendre ou non le tirzépatide après un épisode d'acidocétose relève d'une discussion individuelle entre le patient et son médecin. Les facteurs à considérer incluent la gravité de l'épisode, les comorbidités du patient (dans ce cas, une cardiopathie congénitale), et le rapport bénéfice-risque du traitement. Aucune recommandation officielle n'existe à ce jour sur ce sujet précis — à vérifier après la lecture de cet article.
Sources
- Shloush M, Rodriguez V, Guillen V, Baruqui DL. « Tirzepatide-induced ketoacidosis with hyperglycemia in a patient without diabetes. » Archives of Endocrinology and Metabolism, avril 2026. DOI : 10.20945/2359-4292-2026-0028. PMID : 41945627.
Avertissement médical : cet article est publié à titre informatif et ne remplace en aucun cas un avis médical. Le tirzépatide (Mounjaro) est un médicament délivré sur ordonnance. Ne modifiez jamais votre traitement sans consulter votre médecin. Les informations sur la disponibilité et les prix sont susceptibles de changer — à vérifier après la lecture de cet article.
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