CT-388 de Roche : −22,5 % de perte de poids, un nouveau rival pour Zepbound

Seringue d'injection hebdomadaire sur fond médical — illustration du CT-388, agoniste dual GLP-1/GIP de Roche

Le CT-388 (RO7795068), développé par Hoffmann-La Roche via sa filiale Carmot Therapeutics, a fait perdre 22,5 % de poids corporel ajusté au placebo en 48 semaines dans l'essai de phase 2 CT388-103 (NCT06525935) sur 469 participants atteints d'obésité1. C'est comparable au tirzépatide (Zepbound, Eli Lilly) dans l'essai SURMOUNT-1 — et la courbe de perte de poids n'avait pas encore atteint son plateau à la fin de l'étude. Roche lance maintenant le programme de phase 3 Enith (NCT07351045) sur 2 000 patients. Voici ce que ces résultats signifient.

Qu'est-ce que le CT-388, exactement ?

Le CT-388 est un agoniste dual des récepteurs GLP-1 et GIP — la même famille que le tirzépatide (Zepbound, Mounjaro) d'Eli Lilly. C'est une injection sous-cutanée une fois par semaine. Jusque-là, rien de révolutionnaire.

Mais le CT-388 a une particularité technique qui le distingue. Il a été conçu par Carmot Therapeutics — une biotech de Berkeley rachetée par Roche pour 2,7 milliards de dollars en décembre 2023 — pour utiliser ce qu'on appelle la signalisation biaisée2.

La signalisation biaisée, comment ça marche ?

Imaginez un interrupteur qui allume la lumière dans votre salon. Les agonistes GLP-1 classiques — le sémaglutide (Wegovy, Novo Nordisk) ou le tirzépatide — appuient sur l'interrupteur, la lumière s'allume, et le corps enclenche un mécanisme qui « range » l'interrupteur dans un tiroir pour un moment. C'est ce qu'on appelle le recrutement de bêta-arrestine et l'internalisation du récepteur. Résultat : le récepteur devient temporairement inaccessible.

Le CT-388 a été conçu pour appuyer sur l'interrupteur (activer la voie AMPc) sans déclencher ce rangement. Les récepteurs GLP-1 et GIP restent à la surface des cellules, actifs et disponibles plus longtemps. Selon les données précliniques publiées dans Molecular Metabolism par Manu V. Chakravarthy et l'équipe de Genentech, cette approche produit une internationalisation minimale des récepteurs par rapport aux ligands natifs2.

La théorie : un récepteur qui reste actif plus longtemps = un effet pharmacologique prolongé = une meilleure efficacité. Et les chiffres de phase 2 semblent confirmer cette théorie.

Les résultats de phase 2 : −22,5 % en 48 semaines

L'essai CT388-103 (NCT06525935) est un essai randomisé, en double aveugle, contrôlé contre placebo, mené par Carmot Therapeutics (filiale de Roche) sur 469 adultes atteints d'obésité (IMC ≥ 30) ou de surpoids (IMC ≥ 27) avec au moins une comorbidité liée au poids, sans diabète de type 21.

Cinq cohortes de dosage ont été testées, avec des schémas d'escalade de dose différents. La dose la plus élevée était de 24 mg une fois par semaine.

Les chiffres clés à la dose de 24 mg

Pour mettre ces chiffres en perspective : une personne de 100 kg aurait perdu en moyenne 22,5 kg en 48 semaines — soit environ 2 kg par mois. C'est l'équivalent de trois packs d'eau de 6 bouteilles en moins sur la balance.

Résolution de l'obésité et glycémie

Deux résultats secondaires retiennent l'attention :

Ce dernier chiffre est frappant. Près de trois quarts des pré-diabétiques traités ont vu leur glycémie se normaliser. C'est un résultat que Levi Garraway, directeur médical de Roche, a souligné dans le communiqué officiel du 27 janvier 20261.

Le plateau non atteint : pourquoi c'est important

Voici un détail que les analystes ont immédiatement repéré : à la semaine 48, la courbe de perte de poids continuait de descendre. Elle n'avait pas atteint de plateau1.

Avec le tirzépatide (Zepbound) d'Eli Lilly, le plateau de perte de poids est généralement atteint entre les semaines 60 et 72 dans les essais SURMOUNT. Le sémaglutide (Wegovy) de Novo Nordisk atteint son plateau vers la semaine 60 dans les essais STEP.

Si le CT-388 n'a pas encore plafonné à 48 semaines, la perte de poids finale à 72 semaines — la durée prévue des essais de phase 3 Enith — pourrait être encore plus importante. Selon BioSpace, le tirzépatide a gagné environ 2 points de pourcentage supplémentaires entre la semaine 48 et la semaine 723.

C'est un « et si » prometteur — pas une certitude. Les résultats de phase 3 le confirmeront ou non.

Comparaison avec Zepbound et Wegovy : que valent ces chiffres ?

Comparer des essais différents entre eux est toujours délicat — les populations, les protocoles et les critères d'inclusion varient. Mais les ordres de grandeur sont instructifs.

Molécule Essai Perte de poids ajustée placebo Durée Participants
CT-388 (Roche) CT388-103 (phase 2) −22,5 % 48 sem. 469
Tirzépatide (Eli Lilly) SURMOUNT-1 (phase 3) −19,5 % à −21 % 72 sem. 2 539
Sémaglutide (Novo Nordisk) STEP 1 (phase 3) −12,4 % 68 sem. 1 961

Le CT-388 affiche −22,5 % en seulement 48 semaines — là où le tirzépatide atteint −19,5 à −21 % en 72 semaines. Mais attention : la phase 2 est un essai plus petit (469 vs 2 539 participants) avec des critères de sélection potentiellement différents. Seule une comparaison directe (essai « head-to-head ») permettrait de trancher. Et elle n'existe pas encore.

Les effets secondaires : que sait-on ?

Le profil de sécurité du CT-388 est cohérent avec celui des autres traitements de la classe des incrétines1. Les effets indésirables les plus fréquents sont gastro-intestinaux : nausées, vomissements, diarrhée — les mêmes qu'avec le sémaglutide ou le tirzépatide.

Roche qualifie ces effets de « légers à modérés ». Les chiffres de tolérance :

Pour comparaison, dans SURMOUNT-1 avec le tirzépatide (Eli Lilly), le taux d'abandon pour effets indésirables était de 4,3 à 7,1 % selon la dose. Le CT-388 se situe dans cette fourchette.

Les données de phase 1 publiées dans Molecular Metabolism par Chakravarthy MV, Rodriguez R, Hergarden A et al. de Genentech avaient déjà montré un profil favorable sur 4 semaines de traitement, avec une perte de poids de −4,7 à −8,0 % selon la dose, contre −0,5 % sous placebo2.

Aucun signal de sécurité inattendu n'a été rapporté. Mais les essais de phase 3, plus larges et plus longs, seront décisifs pour confirmer ce profil.

Le programme Enith : la phase 3 démarre

Fort de ces résultats, Roche a lancé le programme de phase 3 baptisé Enith4. Il comprend deux essais :

L'objectif primaire d'Enith1 est le pourcentage de changement de poids à la semaine 72. Les objectifs secondaires incluent le tour de taille, la glycémie à jeun, l'insulinémie, le cholestérol LDL et HDL, les triglycérides, la pression artérielle systolique et la qualité de vie4.

Le calendrier réaliste

Si la phase 3 confirme les résultats de phase 2, Roche pourrait déposer une demande d'autorisation auprès de la FDA (États-Unis) et de l'EMA (Europe) vers 2029. Selon les analystes de Morningstar, une commercialisation n'est pas attendue avant 2029-2030 au plus tôt3. Cette information est à vérifier après la lecture de cet article.

Roche et l'obésité : un retard à combler

Roche arrive tard sur le marché de l'obésité. Novo Nordisk commercialise déjà le sémaglutide (Wegovy) depuis 2021. Eli Lilly a lancé le tirzépatide (Zepbound) en 2023. Les deux génèrent des milliards de dollars de chiffre d'affaires.

L'acquisition de Carmot Therapeutics pour 2,7 milliards de dollars en décembre 2023 était la réponse stratégique de Roche3. Le CT-388 est le programme le plus avancé issu de cette acquisition. Mais Roche ne mise pas tout sur le CT-388 seul : le groupe explore aussi des combinaisons avec la pétrélintide, un analogue de l'amyline, pour potentiellement dépasser les 25 % de perte de poids.

Le défi pour Roche : prouver que la signalisation biaisée se traduit par un avantage clinique réel — meilleure efficacité, meilleure tolérance, ou les deux — face à des concurrents déjà commercialisés et qui accumulent des données de vraie vie sur des millions de patients.

Ce que ça change pour vous

Concrètement, le CT-388 ne sera pas disponible en pharmacie avant plusieurs années. Mais ces résultats sont une bonne nouvelle pour trois raisons.

Première raison : la concurrence fait progresser la science. Quand Roche, Eli Lilly et Novo Nordisk se battent pour le même marché, les traitements deviennent plus efficaces et les prix finissent par baisser. C'est déjà ce qui se passe aux États-Unis avec le prix de Wegovy et de Zepbound.

Deuxième raison : le concept de signalisation biaisée, s'il se confirme en phase 3, pourrait devenir un nouveau standard de conception pour toute la classe des agonistes GLP-1/GIP. Cela profiterait à tous les traitements futurs.

Troisième raison : les données sur la normalisation de la glycémie chez les pré-diabétiques (73 % vs 7,5 % sous placebo) suggèrent un bénéfice métabolique qui va au-delà de la simple perte de poids. C'est exactement le type de données que les autorités de santé examinent pour élargir les indications et améliorer le remboursement des traitements anti-obésité.

Testez vos connaissances sur le CT-388

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Quel pourcentage de perte de poids ajustée au placebo le CT-388 a-t-il produit en 48 semaines ?

  • −12,4 %
  • −22,5 %
  • −30,0 %
Le CT-388 à la dose de 24 mg a produit une perte de poids de −22,5 % ajustée au placebo en 48 semaines dans l'essai CT388-103 (NCT06525935) sur 469 participants. Le −12,4 % correspond au sémaglutide dans l'essai STEP 1 de Novo Nordisk1.

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Questions fréquentes

Quand le CT-388 de Roche sera-t-il disponible en pharmacie ?

Le CT-388 (RO7795068) de Roche entre en phase 3 avec le programme Enith au premier trimestre 2026. Les essais de phase 3 Enith1 (NCT07351045) et Enith2 recruteront environ 2 000 participants sur 72 semaines. Si les résultats confirment ceux de la phase 2, une demande d'autorisation de mise sur le marché pourrait être déposée auprès de la FDA américaine et de l'EMA européenne vers 2029. La commercialisation effective n'est pas attendue avant 2029-2030 au plus tôt, selon les analystes de Morningstar. Cette information est à vérifier après la lecture de cet article.

Quelle est la différence entre le CT-388 et le tirzépatide (Zepbound) ?

Le CT-388 de Roche et le tirzépatide (Zepbound, Mounjaro) d'Eli Lilly ciblent tous les deux les récepteurs GLP-1 et GIP. Leur différence principale est le mécanisme de signalisation : le CT-388 a été conçu pour une signalisation biaisée vers l'AMPc, avec un recrutement minimal de bêta-arrestine. Les récepteurs restent actifs plus longtemps à la surface des cellules au lieu d'être internalisés et désensibilisés. Les résultats de phase 2 montrent une perte de poids de −22,5 % ajustée placebo en 48 semaines — comparable au tirzépatide dans l'essai SURMOUNT-1 d'Eli Lilly. Mais aucune comparaison directe entre les deux molécules n'existe encore.

Quels sont les effets secondaires du CT-388 ?

Dans l'essai de phase 2 CT388-103 (NCT06525935) sur 469 participants, le profil de sécurité du CT-388 est resté cohérent avec celui des autres traitements de la classe des incrétines. Les effets indésirables les plus fréquents sont gastro-intestinaux : nausées, vomissements et diarrhée, généralement légers à modérés. Le taux d'abandon pour effets indésirables a été de 5,9 % dans le groupe CT-388, contre 1,3 % dans le groupe placebo. Aucun signal de sécurité inattendu n'a été rapporté. Les données de phase 1 publiées dans Molecular Metabolism par Chakravarthy MV et al. confirment ce profil favorable2.

Sources

  1. Hoffmann-La Roche. « Roche announces positive Phase II results for its dual GLP-1/GIP receptor agonist CT-388 in people living with obesity. » Communiqué de presse, 27 janvier 2026. roche.com — Essai CT388-103 (NCT06525935)
  2. Chakravarthy MV, Rodriguez R, Hergarden A, et al. « Effects of CT-388, a once-weekly signaling-biased dual GLP-1/GIP receptor agonist, on weight loss and glycemic control in preclinical models and participants with obesity. » Molecular Metabolism, janvier 2026. PMID 41319798 — DOI : 10.1016/j.molmet.2025.102291
  3. BioSpace. « Roche's 22 % Weight Loss Benefit Seals GLP-1's Phase III Plans. » 27 janvier 2026. biospace.com
  4. ClinicalTrials.gov. Essai Enith1 : « A Clinical Study to Evaluate the Effects of RO7795068 in Participants With Obesity or Overweight Without Type 2 Diabetes. » NCT07351045
Information : cet article décrypte des résultats d'essais cliniques communiqués par le laboratoire Hoffmann-La Roche et une publication dans une revue médicale à comité de lecture. Il ne constitue pas un avis médical. Les résultats de phase 2 sont préliminaires et doivent être confirmés par les essais de phase 3. Consultez votre médecin avant tout traitement.

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